
Lien sous l'image
Le 13 octobre dernier, j'assistais à une conférence intéressante de Guy Sioui Durand sur la littérature (et l'art) amérindienne.
J'ai trouvé ce moment si enrichissant que j'ai décidé de partager certaines parcelles de la conférence avec vous.
Le conférencier, Guy Sioui Durand, était un personnage fidèle à son image : plein de vie, indiscipliné, profond et bon parleur. Brisant les frontières traditionnelles entre l'enseignant et l'élève, créant des liens par le jeu et le dialogue.
Dès le départ, le ton était donné : chaque personne présente devait tirer, dans un jeu de cartes, un animal totem le représentant pour la journée.
Moi, j'ai eu le cheval :

Le Cheval
Honorez votre médecine.
Dressez-vous de toute votre taille.
Utilisez vos dons.
Accueillez ce que vous devenez.
Je fus ravie que cet animal me choisisse. Je ne pensais vraiment pas que cet animal ferait un bon totem pour moi, mais quand j'ai vu ses « conseils », je n'ai plus douter. J'ai besoin du cheval dans ma vie, ne serait-ce que pour une journée. Beaucoup d'autres gens ont eu la même réaction que moi (comme cette fille qui pigea le corbeau, fut rebuté par cet animal, mais tomba en amour avec quand elle apprit sa signification américaine millénaire, et finit par s'identifier totalement à lui!).
J'ai adoré ce jeu.
Je ne pense d'ailleurs pas qu'il fut si anodin. Je crois de plus en plus que de vivre comme le cheval durant quelques semaines pourrait me faire le plus grand bien.
Ensuite, Guy Sioui Durand parla de l'art, de ce que cela signifiait pour lui. J'ai retenu ce propos, très en marge de la pensée actuelle : l'individualisme et l'apolitisme ne sont pas les bonnes voies pour l'artiste. Malgré que l'oeuvre soit joli, cela rend son art incomplet. Dans la vie comme dans une oeuvre, on a besoin des autres.
Je pense que cela est d'autant plus vrai dans la culture.
Oui, très en marge de la pensée actuelle, et cela peut amorcer une réflexion.
Je ne veux pas donner un cours de littérature amérindienne, mais je tiens à évoquer ces points qu'à explorer Guy Sioui Durand pendant sa conférence, parce qu'elle cerne les notions de base du cosmos littéraire amérindien (je m'excuse d'avance si je ne retranscrit pas comme Guy l'aurait fait, mes mots et mes idées influencent avant tout cet article, et ce, bien malgré moi!).
Je sais que pour certaines choses, il est préférable de déjà avoir quelques notions de base. Je pense donc que cette partie intéressera surtout ceux qui aiment lire les légendes d'autrefois ou ceux qui aiment le chamanisme. Mais, vous êtes tout inviter à en apprendre un peu plus sur le sujet, donc de me lire (vive la démocratie ^^) !
Prenons la littérature comme un passage, comme un entre deux. Un passage entre les cultures, entre les livres, entre les mondes, etc.
Ce passage est constitué de quatre grands points.
- L'esprit des animaux. Cela permet de situer un récit par rapport au temps (ex : il y eu une époque où hommes et animaux vivaient harmonieusement), d'avoir une mythologie qui explique le monde (vous savez, ces histoires cosmogoniques qui nous apprend pourquoi le castor a la queue plate, pourquoi l'ours hiverne, etc ?).
Aujourd'hui, nous vivons dans un monde où les chimères sont réalité. Elles le sont grâce au numérique et autre technologie qui nous permettent de voir des hybrides de toutes sortes. Cette merveille de l'homme a permis de retrouvé une mythologie fascinante et significative, où l'homme et la bête se mélange. Cela s'imbrique totalement dans cet état d'esprit (celui des animaux!).
- La Terre Mère. Ah! Ce vieux mythe! D'un point de vue personnelle, j'aimerais apporter cette nuance : les amérindiens n'ont pas loué la Terre Mère comme on le pense si souvent. La Mère était là, elle existait et on la respectait. Mais les amérindiens l'ont louangée quand ils l'ont perdu (les réserves...). On regrette ce que l'on n'a plus. On s'imagine un Eden passé, un moment où l'on vivait sur la terre (sans la posséder cela dit) et où tout était parfait.
Mais Guy Sioui Durand ne s'exprimait pas dans ce sens de toute façon.
La Terre Mère, c'est l'espace, c'est la territorialité géographique et l'écosystème. C'est la circularité (cercles, cycles et nomadisme!), c'est la suspensions entre deux mondes, les passages, les portages et cette fameuse hybridité. C'est la transmission (du savoir, de la famille...).
En fait, et je l'ai toujours pensé, une notion importante revient souvent, sous diverse forme, dans l'histoire des Amériques, celle du métissage, de « l'inter » (imaginez tous les mots commençant par inter, comme « interculturel » par exemple). De nos jours, ce métissage tend à atteindre l'universel.
Aujourd'hui, l'art autochtone incorpore cette notion de frontières poreuses et mourantes : c'est l'hybridité (^^) qui s'exprime. Cela peut sembler un peu flou. En réalité, rien n'est plus simple. Prenez un vidéoclip. C'est un métissage parfait entre l'image, la musique et les paroles.
Les amérindiens, en général, sont fort sur les représentations visuelles. Je me souviens que tout le long de la conférence, une photographie fixe était présentée à l'avant. Ça m'a donné l'impression que l'image était aussi importante que sa signification. Je me rappelle aussi avoir assisté à une conférence de Robert Lalonde il y a deux ans, où il racontait comment ses origines influençait son écriture, comment, pour lui, une conversation téléphonique ne se décrivait pas sans le gazouillis des oiseaux à l'extérieur, sans la sensation du vent, faufilé par la fenêtre, caressant le visage tout doucement, sans l'énergie vibrante du sol sous les pieds... Bref, vous comprenez ce que je veux dire ? Il existe de nombreux passages d'un domaine à l'autre, et l'art amérindien s'en sert grâce à sa mentalité bien précise.
- Les métamorphoses de l'oralité. Les livres sont un bon exemple de comment on adapte une culture orale à l'écrit. Métamorphose flagrante.
Chez les amérindiens, le lien fort et important existe entre le rythme et le son. Ainsi, il n'est pas surprenant de constater que le rap (Rythm And Poetry) ait autant de succès auprès de la nouvelle génération. La tradition orale, exprimé à travers un slam ou un rap, s'adapte à cette époque tout en se renouvelant.
- Les peaux visuelles. J'en ai un peu parlé ci-haut. La représentation est primordiale dans la culture amérindienne. Que l'on prenne les wampums comme exemple, ou les arts visuels. Ou mon exemple de tout à l'heure avec la photo en arrière plan de la conférence symbolisant ici les écrans.
Pour bien voir comment tout cela se concrétise dans la réalité littéraire ou artistique, je vous conseille vivement de vous pencher sur les arts amérindiens. Je sais que j'ai fait un article il y a peu sur Joséphine Bacon (oh! une plug interne! hihi) que Guy Sioui Durand considère comme la grande poète autochtone* tant attendu (rien que ça! héhé). Et bien, la coïncidence de notre amour pour cette poète me permet de confirmer les dires de M. Sioui Durand. Lire Joséphine Bacon, c'est lire tout ce que je viens de vous résumer. ^^
Et parce que les arts rejoignent plus de gens que la politique, je vous laisse là-dessus en vous conseillant et en vous souhaitant de découvrir par vous-même plein de merveilleux artistes qui n'attendent que vos oreilles et vos yeux pour y glisser un message ou deux.
Merci d'avoir pris le temps de lire (ou pas ^^) ce pavé!
La conférence était beaucoup plus volumineuse, mais on va dire que j'ai l'esprit de concision (hum hum...) et que je sais choisir mes sujets.
Merci à Guy Sioui Durand pour cette belle matinée qui a enrichit mon parcours.
*Par autochtone, j'entends les Premières Nations amérindiennes et inuits.
N'hésitez pas à me poser des questions!